Ils l'ont tous su bien avant moi ce qui m'arrivait. Le nom ils me l'ont tous donné avant même que je n'en devine le véritable sens. Dans la cour de mon collège, ils me regardent avec leur fausse compassion. Je suis leur nouvelle attraction, leur sujet de conversations. Dans les couloirs, on murmure mon nom avec un air choqué. C'est elle la folle. On observe mes gestes avec attention. Comme si on attendait un exploit de ma part. J'ai le droit aux discours de toutes les filles de mon entourage. Moi je... Moi je... MOI JE suis plus forte que toi, plus sensée. MOI J'AI raison et tu as tort.
Si tu savais à quel point je n'y peux rien. Si tu savais comme j'ai peur maintenant...
Je me heurte sans cesse aux murs de leur indifférence. Incompréhension, maladresse indéfiniment renouvelées par le choc de leur vie contre les parois de ma mort, et leur tendresse inquiète qui amplifie toujours plus la violence de ce vent de culpabilité qui enveloppe le soir de morosité et dépression. Un cauchemar dont je repousse la hantise. Lasse de pleurer, j'ai masqué tous mes souvenirs d'un voile opaque de déraison dont personne ne peut deviner la tendresse ou la fureur, mais où tout se laisse refouler, pour renaître plus tard dans l'expression de mes gestes. Comme si mon corps avait gardé en mémoire l'angoisse que le souvenir lui-même s'était efforcé de ne plus retenir, afin de ne plus faire face à cette réalité effectivement effrayante.